CERCA – ATCO

Une approche sensori-motrice de la mémoire prospective

La mémoire prospective est la capacité mnésique à se rappeler les actions que l’on doit faire dans le futur. Aujourd’hui, les processus qui sous-tendent ces capacités de rappel sont l’enjeu principal des chercheurs. De notre point de vue, cette mémoire engage principalement l’action, si bien que les expériences en psychologie cognitive qui manipulent des mots ne peuvent pas rendre compte des processus sensori-moteurs qui sous-tendent nos capacités de rappel de nos intentions. Par exemple, un pilote d’avion de ligne peut oublier certaines procédures d’action qu’il avait l’intention de réaliser. Ce genre d’erreur sur les actions est lié à la mémoire prospective et constitue une cause principale des accidents d’avions. Toutes ces intentions impliquent des procédures d’actions qui sont stockées en mémoire prospective, mais les chercheurs du domaine ignorent en grande partie les processus sensori-moteurs associés.
Dans une approche sensori-motrice, nous proposons le concept d’apprentissage moteur prospectif qui se définit comme un apprentissage d’action ayant comme objectif principal un rappel dans un contexte spécifique dans le futur (Badets & Blandin, sous presse). Ce type d’apprentissage se contraste avec un apprentissage moteur simple qui n’a pas d’objectifs spécifiques, et que l’on retrouve dans les études classiques sur le comportement moteur.

L’objectif principal : les stratégies d’apprentissage :
L’objectif est de déterminer quelle est la stratégie d’apprentissage utilisée par les sujets durant la formation des intentions motrices. En effet, lorsque nous formulons une intention motrice, comme apprendre un nouveau mouvement de gymnastique pour une compétition future, l’engagement physique et cognitif est différent que lors de l’exécution d’un mouvement sans objectif précis. Cette différence s’observe principalement sur l’utilisation du feedback durant l’apprentissage moteur (Badets & Blandin, sous presse). Ce programme de recherche comprend des expériences où le sujet demande volontairement un feedback sur la qualité de sa performance afin d’apprendre la tâche. Dans le domaine de l’apprentissage moteur, l’autorégulation du feedback sur sa propre performance motrice est une stratégie qui améliore l’encodage des procédures d’action. Nous avons déjà démontré qu’un apprentissage moteur prospectif obligeait les participants à demander systématiquement du feedback (Badets & Blandin, sous presse). Cette demande systématique change le traitement des informations sensorielles qui sont disponibles durant l’apprentissage. Sur la base de nos récents résultats, nous pouvons prédire une amélioration de l’apprentissage moteur si la demande de feedback est faible. Cependant, nous ne savons pas si cette stratégie sur le feedback peut être nuisible ou favorable durant l’apprentissage d’une tâche plus complexe comme les procédures que l’on retrouve en cockpit d’avion. De nouvelles expériences seront mises en place afin de tester ces prédictions dans un contexte émotionnel fort. Pour être en mesure d’identifier les mécanismes de réalisation d’actions que l’on retrouve durant les phases critiques des tâches en cockpit, nous placerons le sujet dans des situations complexes (tache simple vs tache complexe) et/ou désagréables (bips sonores) de double tâche, tout en évaluant les actions spécifiques, stockées en mémoire prospective. Une stratégie de demande de feedback faible pourrait, même en situation complexe, améliorer l’encodage et le rappel d’un apprentissage moteur prospectif.

Justification de la priorité de la thématique :
L’année dernière (2011), sur ce projet, nous avions obtenu un demi-financement de thèse de la Direction Générale de l’Armement (DGA). Cependant, l’étudiant qui s’était engagé dans ce projet s’est désisté au dernier moment, et nous avons annulé le projet. En effet, l’étudiant ne se sentait pas capable (et c’était également notre analyse) de relever le défit de ce travail. Cette année, nous avons prospecté dans différents laboratoires étrangers et Français, ainsi qu’au Relais d’Information sur les Sciences de la Cognition (RISC, UMS, 3332) afin de trouver un étudiant de qualité. Nous avons aujourd’hui un bon étudiant (via le RISC), ingénieur de formation (équivalent Master), qui souhaite s’engager dans cette thèse. De plus, nous avons envoyé un e-mail à Didier Bazalgette (Responsable du domaine « Homme et systèmes » à la DGA) afin de l’informer sur nos intentions de refaire une demande de bourse. Sa réponse est très encourageante pour une nouvelle demande de financement. Notre sujet de recherche s’insère dans le thème général du monitoring : « Le monitoring de l’activité cognitive pour identifier de manière automatique des états de perception, raisonnement, émotion, décision altérés » (source DGA).

Nom(s) du ou des directeurs : Professeur Jean-Claude Croizet – Arnaud Badets, chargé de recherche au CNRS.

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