CERCA – C2SE

Contexte, métacognition et plasticité de la capacité de la mémoire de travail : Pourquoi l’origine sociale des individus prédit leur performance intellectuelle ?

Présentation de la thématique

La quantité d’information que nous pouvons garder en mémoire tout en réalisant une activité mentale est une donnée importante de la cognition humaine. Cette limite cognitive, connue sous le nom de capacité de la mémoire de travail, est mesurée avec des épreuves de mémoire particulières, dites tâches complexes d’empan. Le niveau de performance à ces épreuves se révèle très prédictif de la réussite à une multitude d’activités de haut niveau: compréhension de texte, résolution de problème, apprentissage, orientation spatiale, réussite scolaire, etc. En fait, la capacité de mémoire de travail apparait tellement centrale pour la cognition humaine que certains auteurs n’hésitent pas à la relier à l’intelligence (Conway, Kane & Engle, 2003).

Les scores de performance à des épreuves intellectuelles ne sont cependant pas distribués aléatoirement dans la population. En effet, l’efficience intellectuelle des individus est fortement marquée par leur origine sociale. En France, les enfants des cadres supérieurs et professions libérales représentent près de la moitié des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles ou écoles d’ingénieurs. A l’autre bout du spectre scolaire, les enfants des catégories populaires constituent 84 % des élèves en grande difficulté scolarisés dans les sections générales d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA). Il apparaît en outre que la France est parmi les pays riches, celui où l’origine sociale influe le plus sur le niveau scolaire (OECD, 2010). Une des causes avancées pour rendre compte du lien entre classe sociale et aptitude intellectuelle est justement la capacité de la mémoire de travail. Plusieurs recherches indiquent que les individus issus des milieux populaires ont une capacité de la mémoire de travail plus faible que les autres (Evans & Schamberg, 2009).

En dehors des phases de développement, la capacité de la mémoire de travail est généralement considérée comme stable. Pourtant plusieurs recherches récentes indiquent que cette capacité peut augmenter (Klineberg, 2011 ; Autin & Croizet, sous presse). Le projet de thèse vise à étudier les conditions de la plasticité de la capacité de la mémoire de travail et ainsi éclairer le débat concernant le lien entre réussite intellectuelle et origine sociale. L’accent sera mis en particulier sur le rôle de la métacognition, c’est-à-dire des connaissances implicites que les individus possèdent ou les interprétations qu’ils génèrent sur leur propre fonctionnement lors de la résolution d’une tâche. Il s’agira (1) de spécifier l’origine sociale de ces métacognitions (par exemple fluidité versus difficulté cognitives) et donc de comprendre comment elles sont déterminées par les expériences de socialisation et les caractéristiques des situations de performance, notamment d’évaluation. Il s’agira également (2) de spécifier comment ces métacognitions modulent l’efficacité de la mémoire de travail. L’objectif général de la thèse sera de saisir au niveau du fonctionnement de la mémoire de travail, l’inscription psychologique des logiques de reproduction sociale.

Justification de la priorité de la thématique
Les recherches réalisées par l’équipe C2SE (axe « régulation sociale des fonctionnements cognitifs ») ont débouché sur des avancées marquantes dans la compréhension du rôle de la métacognition dans l’efficacité de la mémoire de travail (Autin & Croizet, sous presse JEP : General). Les perspectives ouvertes par ces résultats sont nombreuses tant pour ce qui concerne la question de la modélisation de la mémoire de travail, la malléabilité de la capacité de la mémoire de travail, l’articulation avec les recherches récentes sur les effets de l’entrainement sur cette capacité ou enfin la régulation sociale de ces métacognitions. L’obtention d’une allocation pour ce projet de thèse permettrait de renforcer le travail de l’équipe sur cette thématique par rapport à laquelle notre laboratoire est à l’avant garde.

Directeur : Jean-Claude Croizet

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